Esquisse d’une fixation
18 septembre 2009
Durant quelques instants
À l’enseigne isolée de la boutique d’arme
Nous nous fixions des rendez-vous
À l’héroïne de l’impossible
Tellement qu’à un certain moment
J’y allais presque tous les jours
Et comme la dépendance ne tient pas compte des hommes
Comme l’exact équilibre doit tuer des innocents
À l’édifice des jours j’ai écrit ton prénom
Dessous mon épitaphe
Dans un granit solide
Comme une raison valable d’avoir été en vie
Et tous les soirs avec du jazz
Je me drogue avec ta photo
Je rachète à chaques fois ton image implacable
Aux revendeurs de vice qui travaillent dans ma rue
Ils me sourient chaques fois
Ils se foutent de nous deux
Et je sais qu’ils se moquent quand je ne suis plus là
Je ne dépends plus de grand chose
Tu es l’horizon
Loin
Tu fais le tour du monde
Et même à reculon je n’avance que vers toi
Quand le manque me possède
Dans tes apparitions
Tu as tout le silence et moi je n’ai plus rien
Je fume des cigarettes qui me rappellent ta voix
Et m’envoie
Quand je peux
Ton regard dans la tête
Avec une seringue vide
Je m’injecte l’absence
Je suis seul dans mon vice
Mais nombreux dans ma ruelle
Je ne parle même plus
Je ne dis presque rien
Un autre de ma race m’a volé ta photo
Plus personne n’aime le jazz
Même moi je n’y crois plus
Et c’est en oubliant ton nom que j’ai oublié qui j’étais
Les sachets qu’on me donne ne ressemblent à personne
Je les vide maintenant en ne pensant qu’à moi
Comme un certain succès
J’ai trouvé une aiguille dans une botte de sept lieux
Elle me fait voyager
Je lui fais ce qu’elle veut
Je peux fixer sans cesse mais cesser est dangereux
Comme une cavale possible ou stopper donne la mort
Je fuis ton cinéma
Je détourne les affiches
Quand les avions s’en vont je plane pour les comprendre
J’accumule les rancunes
Et regarde par terre pour cacher mon visage
Mes veines font du tatouage
Mes oreilles font du bruit
La longue cage que je porte m’enferme tranquillement
Comme une justice facile où la paille est à l’aise
Je regrette ta main au fond de mon cachot
Il est dur d’être un homme
Facile d’être quelqu’un
Alors je n’arrête plus
Je fais l’itinéraire
Des ordures de la rue pour trouver ta photo
Je guéris mes bronchites avec des pneumonies
Et souhaite que tout cela ne se termine jamais
J’aurai sûrement la veine d’avoir fixé la mort
