Souvenirs farceurs

12 septembre 2009

J’ai des océans plats
Des marées d’impossibles en attendant la lune
J’agite ma dernière main
J’invente des vieilles planètes
Je m’ennuie de ce monde quand je n’y serai plus

Je sais qu’on s’y amuse
Qu’on y est toujours bien
Assis dans nos quartiers de lune nous nous berçons sur les balcons
Quand le vent nous apporte des nouvelles des amis
Que nous n’appelons plus

Je sais que les grand-mères y appellent les enfants
Pour dévorer des tartes à des fruits d’épouvante et aux couleurs limpides
Que l’odeur du garde-manger y est toujours aussi prenante
Piégée par les bonbons rigides

Je sais qu’elles y sont toujours
Les barbes piquantes et sèches
Et le parfum mauvais des cigares bons marchés
Ramenés des états unis par la force des choses

Je sais qu’elles y sont toujours
Les fleurs piquantes et rouges dévorant le soleil
Et laissant aux abeilles des butins de saveurs

Tu y es bien assise
Et jalousant ta pomme
Je sais que je t’y parle
Que je sais même ton nom
Que nous y jouons ensemble à la récréation
Et que je t’y embrasse à l’école buissonnière

Je fais des ribambelles d’amis irremplaçables
Desquels je ne possède ni amour ni prénom

Le goût de ma mitaine moite me rappelle l’odeur d’un placard
Où je me suis caché tout seul pour apprendre à vieillir en homme

Je sais que j’y suis resté pris
Que toute ma famille très inquiète se collait l’oreille sur les murs
Pour entendre ma gestation

Collant leurs doigts avides et frappant leurs poings ronds
Sur la porte des rêves que j’avais refermée
Ils me mendiaient une clé que je n’ai jamais vue
Pour enfreindre la règle du loquet du silence

Je sais que je n’ai pas eu l’ombre d’un scrupule
Que je n’ai même pas su tirer la chevillette
Entre mes doigts timides pour faire un peu choir
La bobinette absente de la frontière du vide

Autant que le démon a su
Entailler la serrure solide
Pour s’introduire dans ma conquête
Je sais que c’est bien dans mes larmes
Que j’ai vu mon visage pour la toute première fois
Et que depuis ce jour je pleure pour m’admirer

Je sais qu’elles y sont toujours
Les heures passées avec des foules
Entassées dans ma tête
Dans les escapades de l’absence

On y disait sans cesse les formes formidables
Qu’il y avait parfois au détour de nos mains tendue envers ce globe limpide

J’étais bateau
Navire
Opium coulé en mer
Je chancelais sur l’eau à demi condamné
Sur un radeau farceur

Je savais que les îles désertes
Étaient déjà bien trop peuplées
Et le seul endroit certain
Juste assez précieux pour se battre
Ne se trouverait pas sur terre

Je sais qu’il n’est même pas ailleurs

J’y ai mis des adresses
Des lumières
Des amis
Des vieillards qui s’entassent en des soirs incertains
À la bougie d’une vieille lanterne

J’y ai mis des tapisseries vagues
Un parfum de rutabaga
Et une centaine de baobab
Car ma planète est grande en ces jours d’adultères

Puis
Toujours pris dans mon placard je m’amuse avec ma serrure
Je fais grincer mes vieilles pentures à la première déesse venue
Je claque un peu des portes
En grelottant des mains humides

Toi tu n’es même plus là
Je n’ai qu’une vieille image
Un souci un peu vide
Même la voix des grand-mères s’est perdue quelque part
Et les tartes que les marchands de soldes me vantent pour me distraire un peu
Ne goûtent même plus les fruits dont elles ont la couleur

Il ne reste plus rien

Seulement mon petit doigt sur la buée d’hiver
Qui trace un faux sourire sur un bonhomme gelé