Le manifeste des manifestations
2 septembre 2009
Nous étions des milliers
Partout sur la même rue entassés dans une vie
La même époque en verre nous concernait déjà
Le même tube en plastique
La même aiguille au bout
Des milliers à tenir au fond de nos cuillers
L’anonymat d’une vie et d’une génération
Nous étions des salauds
Tous les mêmes assassins avec l’oeil pétrifié
Tous une adolescence comme projet de tuer
La même jeunesse dans l’âme nous maintenait à mort
Dans les gratte-ciel faciles qui grandissaient toujours
Nous avions la télé
Et la bonne émission
La station embrouillée était un terminus
Nous étions tous assis
Des milliers
Immobiles
On ne se parlait plus
Pour combler le silence dans nos wagons frustrés
Qui revenaient de guerre
Tous les soirs
Du boulot
On vissait des écrans dans le plastique jauni
Les journaux tapissaient le corps des hommes en vagues
Les hommes qui ont froid
Et nulle part dans la nuit il ne faisait plus noir
Que dans la vie privé où nous n’allions jamais
La rue n’était plus à personne
On évitait même les trottoirs
Du refus à trouver un nom
On allait jusqu’à ne plus rien dire
Plus rien faire
Ne plus mettre de mots nulle part
Ni sur nos bouches
Ni sur les murs
Nulle part les mots
Partout l’absence
Silence
Fermé
Et partout autour l’immobile rendait service aux hommes actifs
Aux enfants de la haine qui avaient tous vieilli
Ils mastiquaient la crainte
Ils gâchaient leurs soucis
Leurs gestes étaient connus
Ils les avaient montrés
C’était eux les écrans
Les journaux
Le travail
La fumée dans les rue
L’acier sur les parades
Les uniformes plats et les cartes de temps
C’était eux
On savait
Ils le savaient aussi
Les policiers vicieux qui tuaient dans l’ennui
Des criminels notoires inventés ce jour là
C’était eux?
C’était eux
Les juges incestueux qui tranchent les divorces
Pour désigner à qui les enfants appartiennent
C’était eux?
C’était eux
Et quand tous les drogués ont eu leurs têtes mise à prix
Parce qu’au fond on savait qu’ils s’en foutraient quand même
C’était eux?
Encore
Et puis merde
Et quand tous les enfants sont allés dans la rue
Pour réclamer des bonshommes à la télévision
Et qu’on a refusé
Et qu’on leur a foutu l’alphabet à la place
Et la géographie
Et les noms de leurs races avec les noms des fleurs
Des bonne femmes ennuyantes et des vieillards malades
Avec des règles au pied pour marcher en mesure
C’était eux
Les mêmes
Et quand ils ont voulu sortir pour aller jouer
Quand ils ont fait sauter les murs de leurs écoles
Les victimes maladroites qui recevaient les coups
Qui piétinées et mortes dans le creux de l’asphalte
Soufflaient encore un peu des dictées difficiles
C’était eux
C’était bien fait
Mais comme tous les enfants finissent tous par mourir
Qu’ils commettent l’adultère de devenir des hommes
Qu’ils s’accouplent en cachette avec certains cachets
Les policiers demeurent toujours des imbéciles
Les juges restent pervers obsédés par le vice
Les drogués rient encore quand on ne les a pas tués
Et la télé censure les bonshommes le matin
Parce qu’ils ressemblent aux hommes qui ne les écoutent plus
Alors on ne sait plus quoi faire
Entre deux pauses
Sur le déclin
Quand l’interlude tire à sa fin
On se souffle quelques projets
On parle de démolir le monde
De refuser d’être des hommes
On discute de ce qu’on pourrait faire pour changer la voix dans la radio
Le visage dans la télé
La couleur dans les journaux
On rêve de tuer les honnêtes gens
De faire peur à nos ministères
De défroquer les imprudents qui portent encore une cravate
D’annuler tous nos chèques
De rebondir les comptes en banques
On rit de ce qui est sérieux
De tout ce qu’il ne faut pas rire
Parce que ce n’est pas drôle
On parle de refaire les trottoirs
D’en inventer en caoutchouc pour éviter que l’on se blesse
On projette d’engager des enfants pour détruire les écoles
D’engager des bandits pour détruire les prisons
Engager des militaires pour se tuer entre eux
Et des agents de l’ordre pour respecter les lois
On ne perdra pas notre temps
Nous allons tous ensemble
Sans raison dès maintenant
Crier des noms aux gens
Enfarger les aveugles
Nous allons dessiner sur les terrains privés
Des globes terrestres carrés avec la mer en vert
Nous allons décider
Comme on veut
Comme on croit
Que le jus de pamplemousse créé une dépendance
Nous allons le marquer en rose sur l’étiquette
Et encourager les gens à en boire au moins un litre par jour
Nous allons interdire toute les interdictions
Criminaliser l’injustice et justifier les criminels
Nous allons ouvrir des écoles buissonnières
Et affirmer avec des preuves scientifiques
Que l’africain est une forme avancé de l’espèce humaine
Nous allons écrire dans tous les livres la vérité n’est pas écrite dans les livres
Nous allons interdire de ne pas afficher
Autoriser les gens à ne pas circuler
Nous allons créer un état
Nous l’appellerons l’état des choses
Nous ferons voter les gens sur des questions importantes
Nous leur demanderons êtes vous heureux?
Nous imprimerons des calendriers expliquant que le temps est maintenant divisé en un seul mois de trois cent soixante et cinq jours et que nous sommes perpétuellement dans le mois de Mai
Nous dirons que le trois cent soixante de Mai est bel et bien la fête de la naissance du Père Noël et que c’est bien pour cette raison que l’on appelle cette fête Noël
Nous dirons n’importe quoi
Ce qu’on veut
Ce qu’on pense
On en aura fini avec la fin du monde
